Extraits

Cauchemars à toute heure

Recueil de nouvelles fantastiques, aux éditions Ecrivains, poètes et compagnie, Genève, Suisse, 2000.

Réédité par les éditions Humanis sous le nom « Le scorpion », disponible sur Amazon.

 

LE CHIEN

Ce chien, ça fait une paye qu’il me tape sur le système !
 Max, 58 ans, à la retraite depuis trois ans, maillot de corps blanc sur corps velu blanc, est le parfait ennemi des bêtes. Bon pas toutes, seulement ce con de chien qui aboie dès que l’ombre d’un inconnu passe devant la maison de son maître. C’est sûr, pour être dressé, il est dressé ! Mais un peu trop selon Max. Depuis quelques temps, il caresse le projet de l’éliminer…

Il a réfléchi à plusieurs possibilités et la meilleure lui semble celle de l’empoisonnement ; bien que cette saleté d’animal ne se laisse pas approcher. La semaine prochaine, le voisin part deux jours et pour si peu de temps, il n’emmène pas son chien, ce sera donc le moment idéal… Et Max organise mentalement son crime, sans le moindre soupçon de remords. La bête a le poil noir, un collier noir et les dents agressives. Max n’est certainement pas le seul à souffrir de cette calamité, il rendra service à d’autres en le faisant disparaître, c’est certain ! Il regarde l’objet de sa haine de l’autre côté de la haute grille, se persuadant du bien fondé de son jugement dernier. La semaine prochaine, dans sa petite maison blanche à lui, ce sera la liberté, le silence éternel !

Le mois d’août est une période de grande activité pour les cambrioleurs. Les deux que nous voyons s’activer actuellement sous nos yeux, ne sont pas des professionnels. Ce sont des casseurs du dimanche qui n’ont pas su résister à la tentation de fouiller ces quartiers périodiquement désertés. Il se sont approchés de la maison aux hautes grilles qui, bizarrement, n’abritait aucun molosse. Après avoir estimé qu’elle renfermait des trésors suffisants, ils se sont faufilés à l’intérieur.

Quelle chance cette absence de chien ! Il faut en profiter, se dépêcher. Les deux hommes travaillent en un temps record. Ils ressortent de la maison au bout d’une demi-heure, chargés de deux sacs qu’ils enfournent dans une voiture. Puis, ils regardent autour d’eux… Ne décelant aucune présence, ils décident de s’attaquer à celle d’à côté, une petite maison blanche qui ne paie pas de mine, mais qui sait ?

Max avait repéré leur manège depuis le début. Ça l’amusait plutôt de voir l’autre se faire dévaliser. Ça lui apprendra à faire le snob ! C’est vrai, avec sa belle maison, il se prend pour le prince de la rue ! … Mais lorsqu’il a vu qu’ils allaient se rendre chez lui, une panique sourde l’a envahi. Que faire ? Il regarde de tous les côtés, à la recherche d’une arme quelconque pour les dissuader d’entrer.

Le bruit de la serrure qu’on tente de forcer le fait tressaillir, acculé, désemparé, ne sachant plus que faire, il se met… à aboyer !

De manière insensée, folle, il grogne, il montre les dents, et laisse sortir violemment, toute la rage accumulée en lui, depuis si longtemps. Le raffut obtenu est saisissant de vraisemblance. Instantanément, le bruit derrière la porte cesse. Max tend l’oreille. Vont-ils partir ? Les yeux fixés sur la porte, il attend. Les agresseurs s’éclipsent et Max sent les battements de son cœur ralentir légèrement. Il se rend compte, tout à coup, que pour paraître plus crédible dans son numéro de molosse, il s’est mis à quatre pattes, la gueule dirigée vers les assaillants.

Ce détail le fait s’esclaffer, mais le bruit qui lui parvient ressemble étrangement à un jappement. Paralysé, il écoute l’écho de ce son qui ne lui appartient pas. Voulant se débarrasser ce fantôme, il court jusqu’à la fenêtre et cherche à se hisser jusqu’au rebord, mais sa carcasse refuse de se déplier. Une peur mortelle le fait gémir lorsqu’il voit des pattes de chien se poser à l’endroit exact qu’il voulait atteindre ! Tout bascule alors dans l’absurde. Au loin, à l’extérieur, une voiture dérape et fonce hors de la rue.

Il sent atrocement seul, comme si le silence de l’univers venait de l’écraser de tout son poids. Il tourne les yeux vers la poignée de la porte, unique résumé d’une possible liberté. Il s’élance et le cliquetis du métal sur ses crocs a le goût de l’échec… Haletant, perdu, il tourne sur lui-même deux fois, avant de se coucher devant la porte close, la tête reposant sur ses grosses pattes noires.
Un soupir s’échappe de ses babines et une araignée noire lui mord le cœur, lorsqu’il se met bêtement à penser, que « tout s’arrangera lorsque le maître rentrera. »

FIN


Le Ciel entre les doigts

Gravures de Manel Marzo Mart et textes de Christine Fabre.

Livre d’art (papier chiffon 250g) publié en 1998 par la galerie Dialogue à Paris.


 

Petits poèmes pour la route…

Recueil de poèmes en deux parties, aux éditions Images et Cris du Coeurs, Nouvelle-Calédonie, 2005.

Réédité par les éditions Humanis sous le nom « Désirs et Plaisirs », disponible sur Amazon.

Petits poèmes pour la route… de l’esprit

Les virgules de l’olivier

sur la page bleue du ciel

rythment les phrases énoncées

par ce Dieu
que tout amoureux connaît

.
…
La peur est l’unique maladie de l’Homme.

Reconnaître ses peurs


C’est guérir sa vie

.
…

Si en regardant les autres


nous voyons la meilleure partie d’eux-mêmes

comment ne pas avoir les yeux brillants
de ceux qui aiment ?


…

Extraie un coquillage du sable


et tu verras les traces rayées


de toutes les larmes qu’il a versées

.
…

Le pin colonnaire

brandit ces milliers de victoires tendres

Vers Celui qui les engendre

Hommage, prières.
 Les respectueux seront respectés.

***

Petits poèmes pour la route… amoureuse

Au bord de tes désirs


mes lèvres se posent…

Je suis la mésange qui ose


s’aventurer dans ton jardin.


J’avais une orchidée dans la poitrine

fraîche et veloutée

j’avais une orchidée dans la poitrine


mais elle s’est refermée

tel un poing gelé

sur le rempart de tes libertés.


Mon homme a le cœur bleu

les veines généreuses

des yeux de laine


et quand il est heureux


ses cheveux chatouillent les étoiles.

Mon homme séduit le temps d’une simple caresse


mon corps se dilue alors en ivresses,


et je deviens algue marine

lorsqu’il se fait plongeant.

L’écume de la passion,

sème nos grèves

de sel, de sable, ou de limon.